Les sélections
En voyage avec Hippolyte Girardot
Comme chaque année depuis sept ans, la Salle Trévi est le cœur du Printemps. C’est là que le festival est né et c’est là que chaque année, il retrouve ses racines et sa raison d’être : porter un vent de fraîcheur au public romain, passer en revue les lieux communs du cinéma français et poser les bases d’une relation naissante entre la nouvelle génération d’acteurs français et le public italien.
C’est pourquoi chaque année, la programmation est centrée sur une personne en particulier. Pour 2010, il s’agit de l’acteur Hippolyte Girardot. Il est l’un des meilleurs comédiens du cinéma actuel, à la fois très instinctif mais aussi très professionnel. En parcourant sept films de sa filmographie, on passe à travers une galerie de personnages et de films exceptionnels. Il incarne Pierre, le voleur aux côtés de Catherine Deneuve dans Bon plaisir de François Girod (1984). La même année, il se lance dans Prénom Carmen, l’un des films les plus saugrenu de Jean-Luc Godard. Il sera aussi le trentenaire désabusé d’Un monde sans pitié (1989) d’Eric Rochant, qui est l’un de ses rôles cultes. Comme le barjo des Confessions d’un Barjo (1992) : hilarant et imprévisible. Vers la fin des années 90, Hippolyte Girardot abandonne les personnages excessifs et paranoïaques pour interpréter des rôles de composition dignes de la meilleure école américaine.
En 2005, son jeu est impeccable dans les scènes de ménage du mari infirme de Constance - dans le sublime Lady Chaterlet de Pascal Ferran. Puis il y aura Cannes en 2009, où il passe à la vitesse supérieure en collaboration avec un réalisateur japonais, Nobuhiro Suwa, il tourne (et interprète) Yuki et Nina, retenu par certains comme le grand film de la quinzaine de 2009.
Nous vous attendons à la salle Trévi pour refaire ce voyage avec les films d’Hippolyte et avec Hippolyte. Le scénario est celui habituel : vous découvrirez les œuvres (bien sûr en version originale sous-titrée) et aurez la possibilité d’en parler avec ceux qui les ont réalisé.
Vive le cinéma! Toute l'actualité du cinéma français le plus récent
Depuis trois ans, le Printemps utilise les écrans du Cinema Farnese Persol pour offrir à son publique une vue d'ensemble du cinéma français. Nous avons tenu à proposer une sélection plutot vaste avec des cinéastes plus et moins connus et des film à grand, moyen et petit budget. Le cinéma français compte parmi les illusters inconnus du public italiens. Meme les cinéastes très célèbres, comme Alain Resnais ou Eric Rohmer, sont distribués plus timidement aujourdìhui que pour le passé. C'est un cinéma qui n'est jamais projeté en langue originale, un point pourtant essentiel sur lequelle nous ne transigeons pas. Aux cotés des monstres sacrés de la "Nouvelle Vague", nous voulons vous faire decouvrir des cinéastes plus jeunes, qui en font perdurer les esprit de recherche et d'audace par d'autres moyens et langages.
La sélection est donc extremement variée. Avez-vous déjà entendu parler des frères Larrieu? Ou de Ferreira Barbosa? Peut-etre vous souvendriez-vous d'Alain Guiraudies, dont le Printemps a montré un petit bijou (le moyen-métrage: Ce vieux reve qui bouge)? Nous sommes très heureux de vous apporter à Rome son dernier film, sa dernière utopie: Le Rois de l'évasion, un des plus appréciés de la Quinzaine des réalisateurs de Cannes en 2009. Les Beaux Gosses, du meme réalisateur, est la réponse française aux film américaines sur l'adolescence de Judd Apatow. L'excitation est grande. Parce que cette année, malgré une diminution des sponsors, nous avons fait en sorte que la sélection ne s'en rassente pas et en effet, elle est particulièrement riche. Quelques mots sur Eric Rohmer, récemment disparu. Dans ces occasions, la coutume est de dire que son art l'a rendu immortel. Non seulement c'est vrai mais cette phrase n'appelle pas la rhétorique. Il suffit de regarder avec un peu d'attention le cinéma d'aujourd'hui. Du coréen Hong Sang-soo jusqu'à Alain Guiraudie ( en passant par- et avec surprise- Wes Anderson), Rohmer est le point de référence, une source d'inspiration où puise le cinéma d'auteur mondial. C'est pour cette raison que nous vous invitons vivement à découvrir ou redécouvrir notre sélection des films, y compris son dernier chef-d'oeuvre: Les amours d'Astrée et Celadon. Il ne s'agit pas seulement d'un retour sur un patrimoine cinématographique, mais aussi d'une fenetre ouverte sur le monde du 7ème art conteporaine.
Une place sur la terre: le cinéma de Pierre Creton
Depuis dix ans, Pierre Creton construit une des œuvres les plus importantes du cinéma français contemporain. On ne parlera pas d’œuvre « majeure », tant les films refusent les prestiges de la grande forme, tant ils trouvent leur beauté dans le travail d’une matière a priori mineure, quotidienne : le proche, le familier, les variations infinitésimales du temps qu’il fait, du temps qui passe, des émotions. Des hommes, des fleurs, des maisons, des animaux : le regard de Creton cherche le lointain dans le proche, l’étrange au cœur du familier.
Fiction, documentaire, essai… Ce cinéma échappe aux catégories, se libère des genres pour inventer un lyrisme incomparable, qui est avant tout celui d’une vie, d’une manière d’être et d’habiter le monde. Trop souvent le cinéma apparaît comme un territoire séparé de la vie, de son temps, de son rythme, de son tragique et de son comique quotidiens. Pierre Creton a tiré parti de la légèreté du numérique DV pour rapprocher le cinéma de la vie – de sa vie. Filmer comme on écrit, comme on dessine. Seul ou avec des amis. Utiliser le noir-et-blanc du numérique « comme un crayon mine de plomb ». Aucun chantage à l’intime, pourtant : dans Secteur 545, Creton fait dire à son personnage une phrase de Pessoa qui le définit : « J’ai sculpté ma propre vie comme une statue, faite d’une matière étrangère à mon être. »
Pierre Creton vit et travaille en Normandie, dans le Pays-de-Caux où il est né et a passé son enfance. Ouvrier agricole et cinéaste, vacher et artiste, producteur de miel, de cidre et de films. Vivre et travailler dans cet équilibre, c’est n’avoir au fond qu’un sujet, qu’une préoccupation fondamentale : l’habitation. Comment habiter le monde ? A quelles conditions le monde est-il habitable ? Et qu’est-ce qu’habiter ? Pour Pierre Creton, ce n’est certainement pas se comporter en propriétaire, s’assurer une place. En 2003, il avait donné pour titre à une série de dessins-photos de maisons : « Habiter, la vraie vie qui est absente ». La « vraie vie » (au sens de Rimbaud), ne s’approche qu’à condition de penser ensemble « habitation » et « absence ». Habiter un lieu, ce n’est pas être présent, mais s’effacer et faire place à l’absence de celui ou de ceux qui nous y ont précédé. Dans cette absence, cet écart de temps, la maison peut devenir un lieu d’imagination. S’ouvre entre les murs le temps du souvenir, des survivances – des surimpressions. Habiter, c’est vivre aux aguets, attentif aux hantises, aux lucioles, aux signes inapparents, à tout ce qui augmente le quotidien d’une intensité poétique. C’est coudre le présent avec le passé, l’ordinaire avec l’étrange, la réalité avec les fantasmes, la terre et les compagnons que l’on a choisis avec les livres, les films qui composent le paysage intérieur d’un homme : Proust, Blanchot, Duras, Straub, Pavese, Bataille, etc.
Depuis 2004, le Festival International du Documentaire de Marseille (FID Marseille) a montré tous les films de Pierre Creton. En 2008, L’Heure du Berger y a remporté le Grand Prix de la compétition française. Cette reconnaissance a permis aux films de voyager dans de nombreux festivals internationaux (Vienne, Turin…) Ils n’avaient encore jamais été montrés à Rome. Cette rétrospective présente une vue d’ensemble d’une œuvre à la fois étoilée et tenue par la rare cohérence d’une sensibilité tranchante et ouverte à tous les dehors. Films réalisés seuls ou avec Vincent Barré, films du Pays-de-Caux et films de voyages (Iles Shetland, Himalaya), portraits des vivants et des morts, études de lieux.
En complément, en contrechamp, sera présenté Le Temps des grâces, le splendide documentaire de Dominique Marchais, sélectionné en 2009 dans de nombreux festivals et sorti en salles en France en février 2010. C’est un tout autre regard sur le monde paysan. Par la confrontation de la parole et des paysages, Marchais dresse un état des lieux préoccupant, mais sans aucune nostalgie, qui porte bien au-delà des enjeux de l’agriculture française : de quels espaces, de quelle nourriture, de quelle nature voulons-nous ? Une autre manière de poser la question de l’habitation.










